• La plume est l'oiseau

Pour que les mots reviennent à la vie (3/3)

Je pris appui sur mon bâton pour me relever, prête à repartir, quand mes yeux se posèrent sur la danseuse d’eau, qui m’enivrait de sa grâce. Je me laissai emporter par sa mélodie. Je suivis les mouvements indiqués par la valse de mon sceptre, laissant derrière moi un fil d’Ariane noir de geai. Je tournais, je tournais, jusqu’à m’en donner le mal de tête. Les heures passaient, la sueur perlait sur mon front avant de ruisseler sur mes tempes. Mon corps bougeait inlassablement. Les crampes s’enracinaient jusque dans mes os. Tout vrillait autour de moi, je me sentais comme entourée par d’autres êtres. J’étais épuisée.


Lentement, je ressurgis de ma fièvre. La case arrivée du plateau de jeu se découvrait là, sous mes pieds. Tout revint à la réalité, le crayon tombai et rebondit sur ma feuille noircie, peu à peu, le dessin devint de plus en plus limpide, comme fier d’un nouvel éclat. Ils se présentèrent à moi :


Qui sommes-nous ? Trois infants, rouge, noir et blanc, Infernaux captifs d’un invisible brasier. Quand nous sommes prisonniers de cages d’acier, Elle est née des castes aux liens étincelants.


Ô Diabolique Reine, du haut de la tour Vous espérez l’échec des cavaliers qui bravent Vos règles, exigeant pour sujets que des esclaves. Dans la cour, des vies s’effondrent tour à tour.


Nous ne serons pas des pions tenus à carreaux. Menacés, tabassés, blessés, glacés de peur, Chaque pique a un peu plus perforé nos cœurs. Nous pillerons votre bastille, ses barreaux.


Marche après marche, taché de suie et de sang, De l’abîme se hissait le trèfle de chance. Toujours régalé d’immortelles espérances, L’ardeur du lys lèvera une armée de cent.


Jamais à vos pieds on ne se couchera, Quitte à miser sa Valeur sur votre tapis. La partie achevée, nous sera accordé le final répit. Enragez. Contre vous l’appel résonnera.


« – Tu n’avanceras pas si tu souffres ta croix. Déchire leur dessein. Tu demeures l’Acteur. Tu as carte blanche. Tu tiens l’As de Cœur. Le destin s’en écarte, Roi. Fais donc ton choix. »


Comme moi, vous vous battez contre la tyrannie des dits maîtres du monde, Enfant Blessé, Enfant de l’Ombre. On ne joue pas tous avec les mêmes cartes, mais chacun possède un joker dans son propre jeu. Ce jocker, c’est toi. Rappelle-toi que le droit chemin n’existe pas. C’est à nous de créer notre dessin, ensembles, indépendants. Enfant Blessé, Enfant de l’Ombre, Enfant de la Lumière, merci d’être venu à moi. Toi qui planais dans la noosphère, tu as chuté dans mon monde et maintenant, tel que je te vois, tu t’étends sur ma toile blanche.


Enfin, à toi, Poète, je voulais te dire que te comprends. Oui, je comprends ton mal-être, cette impression d’imposteur qui t’écrase sur terre. Éveillé, tu te sens comme un oiseau enchaîné dans des sables mouvants. Tu te débats dans le noir. Les Âmes de papier passent sans te voir. Tu as subi la même absence de magie que j’ai souffert durant cette odyssée. Mais grâce à elle, mon poème est non seulement né, mais il m’a offert son héritage que toi, Lecteur, tu reçois en ce moment-même grâce à mon carnet de bord, qui m’a accompagné durant ce voyage, ce carnet qui, maintenant, est quelque part avec toi.


PS : Sans cette Absence, tu n’aurais jamais lu ce texte.


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